Ombres de Venise

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 Residenza Undúli

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Luminara Undúli
Créatrice de Masques


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Date d'inscription: 21/01/2007

MessageSujet: Residenza Undúli   Sam 10 Fév - 21:35

Luminara était assise dans un confortable fauteuil en velours pourpre, décoré par les soins d’une de ses connaissances de ce milieu-là. C’était un authentique petit bijou de maîtrise et de fantaisie : des motifs psychédéliques étaient brodés au fil d’or et couraient le long des bords. Luminara aimait beaucoup ce type d’œuvre unique, original et innovant. La jeune femme soupira d’aise et se cala dans son siège favori. Elle était dans une des demeures secondaires de la riche famille des Undúli. Séduit par ses créations, son père avait reconnu son talent et laissé sa fille mener sa propre vie, témoignant d’une ouverture d’esprit assez rare à l’époque. Disposant de larges revenus que tout Venise lui enviait, il venait de léguer à Luminara un pécule qui lui permettrait d’être rentière, comme toute personne de la noblesse qui se respecte. Il refusait de voir sa fille vivre de son art, et avait ajouté une partie de son héritage en lui offrant un des nombreux palaces des Undúli. Luminara, habituée à vivre dans l’aisance depuis sa plus tendre enfance, avait accueilli cette décision avec joie. Dans sa mentalité de femme noble, il était inimaginable de vivre de son travail. Mais Luminara aimait trop le mystère pour ne pas se consacrer corps et âme à sa passion.
Soudainement, Luminara fut prise d’une envie violente de se lever et de créer une nouvelle petite perle d’inventivité. Penser à sa famille et à son père lui donnait toujours un sursaut d’inspiration. La jeune femme changea de pièce, fit assez rapidement la base blanche de tout masque, prit son sac spécial et retourna s’asseoir dans son fauteuil. Elle approcha une table et ouvrit la sacoche qui l’accompagnait depuis maintenant huit ans. En cuir de qualité supérieure décoré de motifs tout aussi saugrenus qu’elle, le sac contenait tous les éléments pour lesquels Luminara avait eu un coup de cœur. Lorsqu’elle se promenait dans un marché aux puces, ou chez n’importe quel antiquaire, Luminara ne pouvait s’empêcher de faire l’acquisition de quelques spécialités. Les masques qu’elle faisait à partir de cette précieuse sacoche étaient ses plus réussis.
Cette fois-ci, la sacoche contenait un nouveau ton de couleur bordeau qui l’avait conquise chez le teinturier, des plumes noires trouvées au hasard d’un dédale inconnu, un motif particulièrement réussi et complètement incompréhensible qu’elle avait remarqué chez le libraire et qu’elle avait griffonné à la hâte sur un bout de parchemin. Il y avait bien entendu un nombre incomparable d’autres choses intéressantes, mais Luminara se concentra sur ces trois-là. Se penchant vers son matériel habituel, qui contenait son lot de couleurs différentes, de paillettes dans tous les tons possibles et imaginables, de pinceaux de toutes tailles, de palettes d’essai, de ciseaux affûtés pour redécouper le masque jusqu’à sa forme finale, Luminara réfléchit un instant. Dans son esprit en effervescence, un masque prenait forme. Elle commença par redonner au masque de base un aspect plus féminin et fin. Elle découpa tranquillement le carton dur, indifférente aux bruits quotidien de l’activité de sa resplendissante demeure. Luminara continua en donnant comme couleur de fond le fameux bordeau qu’elle venait d’obtenir. Ensuite, elle fit de nombreux mélanges dans cette gamme de couleur-là et retoucha de nombreux endroits du masque avec des pinceaux différents, pour donner une apparence veloutée au masque. Malgré le temps qui s’écoulait pendant la réalisation, Luminara ne perdait en rien sa concentration. Lorsqu’elle était à l’œuvre, elle ne s’arrêtait pas, quoi qu’il arrive, trop prise dans un tourbillon de sentiments passionnants. Enfin, elle prit un pinceau au trait plus épais et le plongea dans le noir le plus profond qu’elle possédait. Un noir d’ébène, évoquant les plumes du corbeau et la nuit sans lune. Délicatement, elle reproduisit le motif qu’elle avait trouvé en l’adaptant à son œuvre. Enfin, elle fixa les plumes au-dessus de l’arcade sourcilière droite.
Satisfaite, Luminara s’arrêta et regarda son masque. Il faisait nuit, à présent. Elle avait passé toute son après-midi sur la petite merveille qu’elle tenait entre les mains. Brillant et élégant, le masque possédait lui aussi cette marque indicible qui faisait qu’on savait tout de suite que c’était Luminara Undúli qui l’avait créé. Elle sourit. Ce serait une femme qui le porterait. Le modèle était bien trop raffiné, délicat, recherché et sophistiqué pour un homme. Non pas que ces adjectifs ne convinssent pas à des hommes, mais le masque que Luminara venait de créer allait à une femme, c’était aussi simple et catégorique que ça.
Luminara pensa un instant à la personne à laquelle elle accepterait de céder le masque. C’était bien connu : Luminara Undúli en personne choisissait le masque à ses clients. Du premier coup d’œil, Luminara cernait la personnalité de l’individu et lui proposait un masque en parfait accord avec ce qu’il ou elle voulait. Elle ne se trompait jamais, et aucun client n’était revenu insatisfait. Il arrivait parfois qu’elle n’ait pas en réserve ce qui convenait, dans ces cas-là elle demandait à l’acheteur de revenir plus tard, le temps qu’elle confectionne un masque approprié. Luminara partait du principe qu’un masque ne peut aller qu’à une seule et unique personne. Elle n’avait vu qu’une seule fois quelqu’un porter un masque qui ne lui était pas destiné, et sa colère avait été telle que l’histoire avait fait le tour de Venise. Depuis, ce genre d’incident ne s’était pas reproduit.
Luminara avait posé son dernier-né sur son espace de travail, bien en évidence. Elle laissa vagabonder ses pensées, se demandant quel masque elle allait livrer à la Dame, qui lui avait passé commande une fois de plus. Comme toujours, Luminara se débrouillerait pour lui concevoir quelque chose d’inhabituel, de sulfureux, d’inimitable, de rare en un mot rivalisant de beauté et d’émotion avec toutes ses précédentes créations. La Dame… elle évoquait bien des souvenirs enfouis au plus profond de Luminara. Ce qui était sûr, c’est que quoi qu’il arrive, elle serait la seule personne à qui Luminara accepte de reconnaître de la prédominance et manifeste un semblant de loyauté…
Luminara se laissa aller contre le velours de son fauteuil. Dieu qu’il était confortable. Elle ferma les yeux un bref instant, puis réalisa ce qui se passait dans la pièce depuis si longtemps. Elle éclata de rire et dit avec chaleur :

- Tu es là depuis longtemps ?

Impossible de ne pas reconnaître le style d’une des plus vieilles connaissances de la créatrice de masques. Une jeune femme belle comme la nuit sortit de nulle part et se tint devant Luminara.
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Gabriella Palmieri
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MessageSujet: Re: Residenza Undúli   Sam 10 Fév - 23:07

Gabriella traversa quelques ruelles, sautant d'un toit de maison à un autre avec une légèreté et une souplesse que personne ne lui soupçonnerait. Rares sont ceux qui pensent à regarder au-dessus de leur tête un jour où les nuages dominent le ciel et apportent un ton monotone à cette ville pourtant riche de ses maisons, et les quelques passants faisant l'exception, souvent des rêveurs, croient avoir vu un oiseau voler et ne cherchent pas plus loin. Gabriella saute, court, vole presque au-dessus de cette ville qu'elle aime tant. La liberté qu'elle ressent dans ces moments-là est unique et elle l'apprécie toujours. Elle fait un vide en elle, se sent aussi légère qu'une libellule, et c'est souvent dans ces moments où tous ses soucis s'envolent qu'elle se dit qu'elle fait le plus beau métier du monde, et à ses yeux de loin le plus passionnant. Arrivée à destination, elle s'arrête et observe. Devant elle s'élève une des plus riches maisons de Venise. Les sculptures qui l’ornent font d'elle un merveilleux chef d'oeuvre. Chaque pierre semble avoir été retravaillée, chaque recoin semble avoir été recalculé des dizaines de fois afin de former un monument harmonieux et digne de dominer toute la ville. Pourtant cela n'en est apparemment pas son but. Elle est ainsi cachée dans une petite ruelle assez étroite, entourée de maison n'ayant pas un tiers de sa beauté. Gabriella remarque tout de suite que la maison n'est pas mise en valeur, et cette observation, sans qu'elle sache vraiment pourquoi, la fait un peu gronder. Chaque fois qu'elle revient elle se fait toujours la même réflexion. Elle regarde encore. Une petite cheminée sort de part le toit. Les tuiles sont solides. Sur le toit, quatre oiseaux noirs se reposent. Ceci est assez fréquent dans les toits de Venise. Quatre fenêtres recouvrent la face centrale, Gabriella en devine trois autres sur les deux faces latérales et en imagine de nouveau quatre de l'autre coté. La jeune informatrice devine où se trouve sa proie et elle fixe une des fenêtres du haut. Elle remarque alors que celle-ci est tout juste entrouverte pour laisser sans doute un peu d'air aérer la pièce. Détectant un mouvement dans la salle ne faisant que confirmer ses hypothèses, elle sait désormais l'endroit précis où elle doit se rendre. À travers son masque, elle sourit. Un sourire de joie sincère? Un sourire malicieux? Un sourire signifiant je ne te quitterai plus ma belle? Un sourire vengeur? Haineux? Qui le sait? La jeune fille calcule encore de son oeil critique quelques petits détails pratiques puis décide de mettre en oeuvre son plan.

Sautant sans aucun mal sur l'autre rive du petit cours d'eau, elle atterrit sans bruit sur les tuiles de la belle maison. Là, elle sort de sa poche deux petits poissons. La fin d'après midi est proche et après une longue sieste les animaux volants aiment se restaurer sans fournir trop d'effort. Ainsi, attirant un des oiseau grâce à la nourriture, elle le traine vers le côté qu'elle désire sans aucune difficulté. Elle lui donne un premier poisson et une fois qu'il l'a mangé elle lui montre le deuxième. Elle se met alors sur l'extrême bord, frôlant le rebord de la dernière rangée de tuiles, exactement au dessus de la fenêtre entrouverte. Elle attend encore puis soudain elle entend un bruit infime mais qui lui suffit; elle tend le poisson au dessus du vide et soudain le jette vers le haut. Le temps que l'oiseau affamée par la gourmandise prenne son envol pour attraper sa deuxième dégustation, le poisson repasse devant les pieds de Gabriella. L'oiseau fonce alors et la jeune fille n'a qu'à s'accrocher à lui pour se laisser glisser après quelques centièmes de secondes exactement où elle le voulait. Après tout, cela n'était que tactiques enfantines qu'elle ne pouvait que réussir. Par une technique secrète elle arriva à passer par la fenêtre et se glisser derrière les gros et longs rideaux qui tombent toujours aux pieds des vitres de ce genre de bâtisse. L'action n'avait duré que quelques centièmes de secondes, n'avait fait aucun bruit perceptif par les humains et n'avait pas eu le temps de faire bouger quoi que ce soit. De plus le corbeau avait servi d'excuse à l'ombre qui était passée par la fenêtre de la salle et qui aurait pu attirer l'attention. En effet la technique secrète qu'elle avait employée consistait à utiliser deux des grandes caractéristiques que possèdent les vampires. La fluidité et la vitesse. En combinant les deux, la jeune fille avait en gros et en ralenti, ouvert la fenêtre, s'était glissé à l'intérieur, et avait refermé la fenêtre prenant soin de la remettre exactement à la même place et s'était glissée derrière les rideaux. Ceci est bien sûr un schéma bien grotesque. Elle resta là ainsi quelques secondes satisfaite de son travail puis commença ses observations.
La pièce n'était pas fort éclairée, Gabriella jugea même les lumières plutôt tamisées. Par contre elle était riche, n'importe qui aurait pu le dire. La pièce était décorée avec goût et perfection. Ceci dit, tout dans la pièce semblait être disposé autour d'un seul et même objet. Un fauteuil en velours pourpre. Une jeune femme y était assise. Elle faisait aller ses doigts sur un objet devant elle. Un masque. On aurait dit que chaque chose qu'elle faisait avait déjà été écrit dans le livre du destin, car l'assurance qu'elle mettait dans ses mains était magique, chacun de ses mouvement semblait vouloir traduire un sentiment qu'elle y mettait sans que Gabriella puisse en saisir un seul. Les minutes passèrent puis le temps parut trop insignifiant pour que la jeune informatrice continue de le compter. Elle observait, calculait, essayait de graver dans sa mémoire chaque détail qu'elle voyait, elle essayait de percer par ses yeux chaque détail qu'il lui était permis de voir. Puis elle vit que la jeune artiste avait fini son oeuvre. Une belle oeuvre comme à chaque fois qu'elle faisait une de ces merveilles. Il était impossible d’égaler Luminara sur ce domaine et Gabriella le savait mieux que quiconque pour refuser catégoriquement de porter un autre masque que venant de ses mains. Ensuite la demoiselle semble vouloir se détendre, son travail fini. C'est là qu'elle éclate de rire et dit d'une voix chaleureuse :

- Tu es là depuis longtemps ?

Gabriella sut qu'il était temps qu'elle se dérobe de sa cachette. D'un mouvement aussi fluide et ambigu que d'habitude elle se plaça à quelques mètres devant la créatrice de mystère. Elle prit son temps pour répondre et plongea directement ses yeux dans ceux de celle d'en face. Elle y vit ce noir. Toujours ces yeux noirs reflétant un mystère absolu, impossible à déceler et profondément bien caché, comme si cette fille n'était qu'un secret. Puis elle répondit ce qu'elle devait répondre :

- Pas encore assez longtemps pour avoir pu déceler le mystère de tes masques.

Elle fit un de ces sourires impossible à cerner dont elle a le secret. Sa voix - quand elle s'adressait à Luminara - était toujours la même : douce, un rien mystérieuse, parfois provocante ou simplement imposante. Elle s'approcha un peu du bureau de travail de son amie et après un bref regard à la créatrice, prit en main son dernier chef d'oeuvre. Elle l'observa quelques secondes :

- Ils sont tous plus beaux les uns que les autres, à croire que nommer petites merveilles ne suffirait plus pour les qualifier. Celui-ci est magnifique.

Et elle reposa le masque sur la table.
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Luminara Undúli
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MessageSujet: Re: Residenza Undúli   Sam 10 Mar - 18:22

Luminara ne pouvait pas ne pas remarquer cette jeune femme qu’elle connaissait depuis maintenant de nombreuses années. Ce qui les liait ? Luminara hésitait sur le mot amitié. Avec plus de recul, elle pourrait peut-être mettre un autre terme plus juste, mais c’était le plus proche de la vérité qu’elle avait trouvé dans son vocabulaire pourtant assez soutenu.
Gabriella Palmieri… un nom qu’elle n’oublierait pas, même au fin fond de l’enfer. Si un jour Luminara avait besoin d’aide, elle savait qu’elle pourrait compter sur la sensuelle informatrice. En fait, leur relation était assez compliquée. Le sentiment qui les rattachait était la satisfaction d’avoir connaissance de l’existence de l’autre. Elles ne se sentaient pas obligées de passer par les mondanités et l’étiquette exigées des nobles dans une amitié sociale. Elles étaient toutes deux libres, sans attache, et c’était sans doute leur plus grand point commun.
Voilà pourquoi Luminara apprécia le compliment de Gabriella à sa juste valeur, car elle appartenait à cette catégorie d’êtres surprenants qui redonnent de la fantaisie à votre quotidien. La fantaisie… Décidément, Luminara ne pouvait pas vivre sans. Son excentricité la perdrait, elle le savait, mais hors de question d’y renoncer. C’était sa marque, ce qui la caractérisait.
Le masque à plumes noires reposait de nouveau sur la table, sage et posé. Luminara sut aussitôt, à la manière dont Gabriella l’avait soupesé, examiné et dévoré du regard, à l’infime détail de son visage qui collait parfaitement avec l’expression du dernier-né de son imagination, qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Souriant à l’expression qu’elle avait utilisée pour parler de ce que tous considéraient comme un objet, Luminara se dit que la métaphore du mariage convenait parfaitement à ce qu’elle faisait chaque jour en distillant une part de merveilleux dans la vie de tous ceux qui le désiraient… et y mettaient le prix. Car Luminara n’était pas de ces être humains qui donnent pour le pur plaisir de se savoir sauveur, ou même la véritable et sincère charité. Les gens de la première catégorie lui semblaient abjects, et ceux de la seconde bien trop rares. Non, elle savait que sont travail était de qualité, et sa rémunération, bien que ne servant pas à la faire vivre, tenait une place bien précise dans son esprit. Maintenant, donc, la question n’était pas de savoir si elle allait accepter de céder le masque à Gabriella, même si toutes deux faisaient semblant de ne pas avoir compris qu’elle était la prochaine propriétaire du masque aux plumes noires, mais bien à quel prix elle allait le céder. Comme à l’habitude, peu de mots avaient été échangés, les deux femmes se comprenaient à demi-mot. De ce point de vue, Luminara aurait donné cher pour savoir ce que l’informatrice lisait dans ses yeux étranges, centre de nombreuses discussions de cercles fermés. La créatrice de mystère savait pleinement que chacun y voyait quelque chose de différent, mais l’informatrice était bien trop intelligente pour lui laisser deviner ce qu’elle y voyait…
Luminara prit la parole d’un ton toujours aussi difficile à cerner, insolite :

- Le mystère est de mon apanage, j’en ai bien peur… Mais… il me semble qu’il te plaît…

Elle laissa un temps s’écouler, savourant l’expression désabusée et faussement exaspérée de Gabriella. Elles savaient toutes deux comment allait se terminer cette passe verbale, puis passeraient aux choses sérieuses. Luminara ignorait la raison de la présence de l’informatrice, et elle ne le saurait qu’après la vente de son masque. Quel heureux destin pour son masque que d’être acquis par Gabriella ! Elle savait que l’informatrice en prenait grand soin et à chaque fois qu’elle l’avait vue, toujours avec une de ses œuvres sur le visage, le masque était en parfait état, entretenu avec délicatesse et savoir-faire, brillant de mille feux comme au premier jour. Luminara ne l’avouait pas, mais avec la Dame, Gabriella était une de ses clientes préférées, parmi les gens qui prennent correctement soin de leur achat chez la créatrice de masque. Se séparer d’une création était toujours source de tristesse pour Luminara, mais au final, voir au cœur d’une mascarade tous ses « enfants », en symbiose avec la bonne personne, la flattait et lui faisait chaud au cœur.
En offrant un sourire sincère à Gabriella, Luminara reprit, considérant qu’elle avait assez patienté :

- Je suppose que tu t’en doutes, mais tu arrives tout juste à temps pour prendre livraison de ton prochain masque… Même si celui que tu portes actuellement a son charme, lui aussi. Je te le céderai volontiers, à une petite condition, comme à notre habitude. Qu’as-tu d’autre d’intéressant à m’offrir que de stupides pièces sonnantes et trébuchantes ?

Gabriella n’avait pas son pareil pour surprendre Luminara. Elle trouvait toujours quelque chose qui la satisfaisait pleinement et était l’exact équivalent de son travail. Il n’y avait jamais de surenchère, et les deux repartaient le cœur en fête. Tiens, tant qu’elle y pensait, une fois que sa sympathique discussion avec Gabriella serait terminée, elle lui proposerait d’aller au bal masqué où devait être présente la Dame. Les réjouissances étaient le second centre de l’existence de Luminara, et elle adorait se rendre dans ce type de festivité. Elle-même comptait de toute manière s’y rendre. Elle serait peut-être un peu en retard, son masque l’ayant retardée. Mais c’est bien connu, le meilleur se garde pour la fin…Si Gabriella l’y accompagnait, la fête serait à son comble et resterait longtemps gravée dans son souvenir, c’était certain. Luminara sourit intérieurement et observa la jeune femme. La créatrice allait savoir à combien est-ce que l’informatrice fixait son prix.
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Gabriella Palmieri
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MessageSujet: Re: Residenza Undúli   Sam 7 Avr - 15:14

Gabriella replongea ses yeux dans ceux de la créatrice de masques. Ce noir toujours ce noir. Si il lui plaisait? Evidement que ce masque lui plaisait. Pourquoi aurait t'elle débarqué à cette heure-ci de la journée, à ce moment précis si ce n'était que pour toucher à cette petite merveille? La pièce était plongée dans le silence, pas un silence lourd ni pesant mais un silence normal, que certains de la vie de maintenant ne percoivent plus préférant s'amuser à le gâcher par des longs discours ne voulant rien dire et de toute façon inutile. Ce silence pouvait faire passé bien plus de chose qu'un simple discours sans queu ni tête. Le regard. L'observation. Les gens d'aujourd'hui ne savent même plus lui apporter l'importance qu'il lui est due. Ainsi il ne fallut pas longtemps pour que l'échange de regards de ces jeunes femmes porte ses fruits. L'étape suivante est l'achat. Comment Gabriella pourrait payer? Pas avec de simples et banales pièces lourdes dont Luminara ne saurait que faire, mais avec quelque chose d'utile. Or Gabriella de par son métier possédait beaucoup d'informations utiles. Luminara engagea la conversation sonnant l'heure des révélations.

Ce qu'elle allait raconter cette fois-ci? Gabriella le savait déjà. Elle n'ouvrait pas souvent la bouche mais quand c'était le cas - surtout dans ces cas là - chaque parole qu'elle prononcerait serait importante. Prenant plaisir à faire goûter un peu de sa passion aux autres, Gabriella adorait se mettre en scène en racontant ses histoires, ceci dit elle avait sa façon bien à elle de les conter. Bien qu'au début de ses récits, on ne comprenait pas où elle voulait en venir, à la fin elle révelait la clef indispensable pour comprendre tout ce qu'elle venait de dire avant. Reste plus qu'à ses écouteurs de bien tout retenir, car elle ne répètait jamais rien, elle estimait qu'ils n'avaient qu'à écouter attentivement et se débrouiller.
La jeune informatrice se laissa glisser de façon à s'asseoir sur le bureau devant le fauteuil dans lequel Luminara était toujours assise, et elle tourna la tête afin de capter le regard de la créatrice. Ses yeux s'étaient allumés d'une étrange lueur mystérieuse tandis que dans un mouvement elle remonta une de ses jambes contre elle, l'autre pendant toujours dans le vide. Vêtue d'une robe couleur foncée presque noire, elle aimait faire son petit effet. Elle ouvrit la bouche et commença son récit.


- Son nom est Silano Da'Valdo. Il a les cheveux assez longs et clairs. Son charisme peut être imposant bien qu'il sait se faire petit et disparaitre de toute attention. Ses yeux bleus peuvent être une arme de séduction, ou laissés sans voix celui sur qui il a laissé transparaitre une lame noire. Sa peau est un peu bronzée et son corps est corpulant. Sa démarche est provocatrice ou en tout cas assurée et son sourir dévastateur. Il a le don de plaire aux femmes et pour lui c'est un outils très utile.
Officiellement c'est un grand homme. Venant d'une famille respectable, toujours bien habillé, et la barbe rasée, il est irréprochable et séducteur comme pas deux. Il travaille dans une agence de sang et fait souvent goûté les nouveautés à de nouveaux gros clients. D'apparence rassurante il n'a aucun mal à faire boire n'importe quoi, à n'importe qui. Même les plus méfiants n'y voient souvent que du feu...
Mais sous ces sourires charmeurs et pourtant indéchiffrables - beaucoup pourtant inconsciemment le trouve très sympatique - il est au service d'une vrai association du mal.


Grabriella fit une pause comme si elle avait fini pour voir si son intélectrocutrice voulait qu'elle continue. Evidement. Luminara la connaissait et était plus intelligente que les autres. Elle avait compris que le plus important allait survenir et elle était impatiente de découvrir ce que Gabriella cachait avec autant de facilité, la clef du récit. Sur un échange de regard et un changement de position de la part de l'informatrice, elle reprit la parole:

- Bien sur je me suis renseignée... Comme aucun de mes agents arrivaient à cerner ses activités, je me suis donc moi même chargée de l'observer. Jeu fort pationnant que celui que j'ai mené car sous ses apparence macho, il dissimule ses déplacements, prend soin à cacher toute trace de ses passages. Il est très difficile à suivre et arrive à se dissimuler aux yeux des gens. Il prend bien garde à n'être jamais suivi et que personne ne découvre ses activités. Je crois cependant que malgrés toutes ses précaution il ne m'a jamais repèrer. Il est peut-être doué, mais je suis plus expérimentée! Du vrai nom de Siliciar Bazordir, ce pauvre enfant est né d'une union pas voulue. Battu par ses parents que son charme irrésistible énervait, ce furent ses premières victimes. Il se spécialisa dans la tromperie et se trouva une passion à tous les poisons. Il les collectionne ainsi toujours, même les plus dangereux. Grâce à ces deux atouts, il est devenu un tueur professionnel à l'âge de 12 ans et est rapidement monté en grade dans la hiérarchie de l'association qu'il sert. Au dessus de lui seuls quelques grandes personnes mystérieuses, et à ses ordres beaucoup de serviteurs prêt à tout pour sa survie. Il s'est donc rendu intouchable. Ceci dit il n'aime par rester dans les sous sols et préfère se charger des grandes missions périlleuses plutot que d'observer sans rien faire les autres s'activer. Parce qu'il est exellent dans le domaine et que ses échecs se comptent sur les doigts de la main, c'est un homme très dangereux.
L'association se prénomme PSMLD. Elle réunit un grand nombre de gens à moitié fou de leur idéaux et en quête de pouvoir. Leur but? Servir leur dieu culte à tête de loup et à corps de serpent qu'ils surnomment Sanior. Cette association existe depuis quelques années et se réunit dans les ruelles noires de Venise. Une secte qui réunit ceux qui n'ont pas adhéré à la monté au pouvoir de la Dame. D'où le nom de la secte : Pouvoir à Sanior, Mort à La Dame.


Gabriella s'arreta de parler, observa la jeune femme comme si elle était une toute autre personne. Elle mima une femme discrète et se recourba sur elle-même. Elle fit comme si un tout autre univers existait autour d'elle. Elle fit semblant de prendre une mini fiole de l'ouvrir délicatement et de verser quelques goutes dans un verre imaginaire. Ensuite elle referma la fiole et l'enfoui sous ses capes. Elle prit le verre à la main et soudain se transforma en une femme imposante, charmeuse et chaleureuse. Elle contourna le bureau puis s'adressa à Luminara :

- Ma Dame, je suis un grand vendeur de sang, réputé dans tous les pays, on m'a dis que vous aimez ce genre de boisson, aussi je voudrais que vous goutiez à ce verre contenant le meilleur de sang que j'ai réussi à obtenir depuis ces dernières années. Je vous le conseille goulument je suis sure que vous adorerez!

Tout en parlant, Gabriella avait presque porté la coupe imaginaire aux lèvres de Luminara.
Tout d'un coup, la jeune femme redevint comme avant, aussi sérieuse et mystérieuse et aborda une voix tragique :


- Quoi de mieux qu'un beau bal masqué pour la mort tragique de La Dame. Quoi de mieux que le bal masqué qui se déroule justement ce soir?


Gabriella marqua un blanc. Elle avait fini de lacher la clef. Cette dernière était maintenant dans les mains de Luminara. Ce récit aurait été plus interressant à adresser à la dame, seulement celle-ci ne l'avait pas contacté pour lui demander quoi que ce soit et de plus aux yeux de Gabriella la dame était comme les autres et elle se fichait complètement de si elle était en vie ou non. Elle n'appartenait à personne et tant qu'on lui demandait rien, elle ne disait rien. Si elle avait adressé ce récit à Luminara elle avait ses raisons et savaient que c'était le genre d'informations dont la créatrice était friande. Alors quitte à savoir tout cela autant en faire profiter quelqu'un.
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Luminara Undúli
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MessageSujet: Re: Residenza Undúli   Dim 15 Avr - 19:11

Luminara avait écouté Gabriella sans l’interrompre. Elle savait parfaitement que l’informatrice ne répèterait pas une seule syllabe et se devait d’être attentive à la moindre de ses paroles, au moindre de ses gestes dont la signification pourrait lui échapper. Soudain sérieuse et grave, Luminara observa, concentrée, le jeu auquel se livrait son amie. Gabriella imitait ledit Silvano Da’Valdo et lui proposait une coupe empoisonnée. La lumière se fit dans l’esprit de la créatrice de mystère et c’est avec horreur qu’elle réalisa que les jours de sa Dame étaient en danger. Un sentiment d’apathie profonde à l’égard de l’empoisonneur grandit en elle. Elle s’y connaissait mieux que personne en mystère et en charme. C’était son domaine, et si elle se retrouvait un jour face à lui, elle le materait par sa superbe et son éloquence, c’était juré. Elle ne se laisserait pas ravir la Dame par un vulgaire séducteur n’y connaissant rien en la matière. Un homme qui plus est… Non ! Luminara était habituée à briller en société et, au-delà du fait que Silvano Da’Valdo veuille attenter aux jours de la souveraine de Venise, c’était également un délit pour elle qu’il ose rayonner dans le terrain qui lui était réservé. Ne l’avait-on pas surnommée la créatrice de mystère, et à juste titre ? Mais Luminara maîtrisait parfaitement ses réactions, et elle ne laissa rien voir à Gabriella. Elle se contenta de sourire et de la regarder avec ses prunelles dont elle connaissait le trouble.

- Il semblerait que cet homme s’attaque directement sur mon terrain de chasse… La Dame et la société… Il est fort peu probable que nous nous entendions, n’est-ce pas ?

Luminara se tut un instant et se pencha sur sa table pour prendre délicatement son dernier masque en main. Elle savait que Gabriella avait envie de se l’approprier, et l’information qu’elle lui avait livrée était, comme à l’habitude, exactement le prix de son travail. Seulement, elle savait également qu’elle ne pouvait pas trop traîner car Gabriella ne disait jamais les choses trop tôt. Si elle avait jugé bon de la prévenir, c’était que le danger encouru par la Dame était plus que proche. Et dire qu’elle voulait proposer à Gabriella d’aller s’amuser avec elle dans un bal masqué ! Elles allaient s’y retrouver, maintenant, c’était sûr, mais avant de se divertir au gré de leurs fantaisies, Luminara devrait s’assurer que la Dame ne touchait à rien…Elle tendit à Gabriella ce qui lui appartenait désormais et murmura :

- Je ne te demande même plus de te le mettre moi-même, je sais que tu refuseras. Je me contenterai donc de te donner quelques conseils pour le port, par dépit. Enfin, il en serait de même si pour moi si quelqu’un tentait de voir mes véritables traits… Le rouge sang doit s’allier au noir des ténèbres, aussi garde toujours quelque chose de cette couleur-là quand tu portes ce masque. De même, le pourpre royal, de par sa position au sommet de la palette que j’ai utilisée, se laisse porter avec agrément.

Luminara ne toucha, ni même n’effleura les doigts de Gabriella. Elle n’aimait pas entrer en contact avec les gens, sauf ceux qui lui étaient chers. Mais si elle n’était pas entrée en contact avec Gabriella, c’était pour mieux la laisser à sa première découverte tactile du masque. Elle s’en serait voulu de gêner pareil moment. Elle ne le dit pas à haute voix, mais la grâce de l’informatrice lui faisait plaisir. Gabriella portait avec énormément de classe ses masques et les mettaient en valeur. Que demander de plus à une cliente ?
Mais autre chose inquiétait la jeune femme, et elle n’avait pas tout son temps. Elle reprit la parole :

- Ma chère Gabriella, j’ai quelque chose à te proposer, et j’espère sincèrement que ce projet fraîchement formé te plaira. Ce soir, et maintenant depuis quelques heures déjà, la Dame donne un bal masqué, ce qui attire bon nombre de gens, quelles que soient leurs intentions, comme tu l’as si bien dit, dont moi. Je suis très friande de ce genre de manifestations où la lubie et l’excentricité sont rois. Cependant, il y aura cette nuit une note plus tragique qu’il serait dommage de manquer… Partons ensembles pour ce Bal des Neiges, qu’en dis-tu ?

Luminara espérait que Gabriella accepterait de rester avec elle. Elle savait que l’informatrice ne se laisserait pas aller à un acte inconsidéré, mais l’avoir à ses côtés lui semblait primordial, vital même. Au milieu des pauvres incultes qu’elles ne manqueraient pas de croiser, la vivacité d’esprit de cette dernière lui serait comme de précieuses bouffées d’oxygène. Jamais Luminara n’aurait pensé ainsi en temps normal. Simplement, son but était cette fois-ci différent de celui qu’elle avait habituellement. Luminara adorait les fêtes, mais y aller dans la perspective de sauver la Dame lui déplaisait, car ceux avec qui elle aimait s’arrêter pour discuter la gêneraient dans sa tâche première. Ce ne serait que par la suite que Luminara s’amuserait vraiment…
Gabriella lui répondit positivement, et les deux jeunes femmes se dirigèrent vers la garde-robe bien fournie de Luminara. La créatrice de mystère devait défendre la Dame, oui, mais hors de question de se présenter comme une vulgaire maraude. Gabriella était déjà prête pour un bal de ce genre, et sa robe se mariait à la perfection avec le nouveau masque qu’elle venait d’acquérir. Luminara lui désigna une pièce déserte pourvue d’un miroir. Ainsi, l’informatrice pourrait opérer le changement de masque à son aise. Elle se dépêcha d’appeler une de ses suivantes et se changea rapidement. Elle passa une robe dans les tons ocre et plaça sur son visage un masque qu’elle n’avait encore jamais porté, aux tons dorés, ambrés et orangés, garnis de bon nombre de plumes de paon dans la même gamme de couleur trouvées au hasard des dédales vénitiens. Luminara ajouta une touche de coquetterie en ornant ses poignets et sa gorge d’ambre. Lorsqu’elle fut prête, elle partit frapper délicatement à la porte de l’informatrice. Luminara et Gabriella n’avaient jamais percé le secret de leurs visages, et elles respectaient avec considération cette particularité chez l’autre. L’informatrice sortit, resplendissante. Toutes deux mirent une longue cape noire à large capuche, en soie fine et travaillée. Fin prêtes, les deux jeunes femmes dirigèrent leurs pas vers la salle des fêtes, pour le superbe Bal des Neiges…

[HRP] Nous allons donc ouvrir un topic dans le Bal des Neiges, c'est là qu'il faut suivre notre histoire^^[/HRP]
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Residenza Undúli

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